L'accompagnement en
fin de vie
Pour une dernière
"vraie relation"
Accompagner le malade, cest lui
permettre de rester une personne jusquau bout
Les soins palliatifs sont porteurs dune
dimension critique à l égard dun
fonctionnement médical et dune approche trop
technicisés. La réflexion sur les soins
palliatifs conduit à envisager une autre manière
de soigner.
La première demande critique est
la demande dune vision globale de la personne souffrante:
la symptomatologie de la maladie est plus large que lorgane
malade. La personne est reconnue dans sa complexité
et pas uniquement à travers le dysfonctionnement
de ses organes et le droit de mourir assisté et
dignement est le souci constant de léquipe
de soins palliatifs.
«Mourir dans la dignité»
est devenu le cri de ceux qui sopposent à
la prolongation inutile et dégradante de la vie.
On peut se demander si ce cri désigne
le droit de choisir le moment de sa mort (rapide, propre,
aseptisée) ou bien le droit de mourir tranquillement,
sans obstination déraisonnable, en bénéficiant
des soins de vie nécessaires et en restant confiant
dans la capacité des autres, proches et soignants
à nous soigner et à nous accompagner.
Lexpression «mourir dans la
dignité» exprime avant tout langoisse
dêtre un poids pour lentourage et de
donner en spectacle à ceux que lon aime limage
dun corps ou dun esprit dégradé.
Les soignants témoignent chaque jour
que «mourir dans la dignité» ne veut
pas forcément dire être aidé à
mourir au moment où on laura choisi mais
plutôt avoir lassurance de ne pas être
abandonné, dêtre soulagé
de ses douleurs et surtout de ne pas être "prolongé"
inutilement. Le sentiment de dignité lorsque lon
est mourant dépend largement du sentiment de continuer
à compter pour les autres, à continuer à
avoir des échanges de qualités.
"Cest dans le regard de lautre
que je vois si je suis encore aimable, cest dans
la manière dont il me parle, dont il prend soin
de moi que je sens si je fais encore partie du monde des
vivants. (Marie de Hennezel dans nous ne nous sommes
pas dit au revoir)
Les soignants témoignent du décalage
entre le nombre de personnes favorables à leuthanasie
et le si petit nombre de demandes explicites en
fin de vie; ce décalage souligne limportance
de la maturation psychique du patient au cours de
sa maladie en interaction avec ses proches et ses soignants.
Noublions pas que lun des objectifs
des soins palliatifs est bien de soutenir le sentiment
de dignité de chaque personne jusquau bout
de son existence, quelles que soient ses altérations
physiques ou psychiques.
Le respect inconditionnel envers le malade et le regard
porté sur lui par les soignants vient restituer
une dignité malmenée.
«La mort ne vient quà lheure
choisie par lâme» Yvon Richard extrait
de mort et naissance de Christophe Ulric.
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Demander de l'aide
à mourir
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Nous sommes tous daccord sur le fait
quil est intolérable de terminer sa vie dans
des souffrances insoutenables avec le sentiment de ne
plus faire partie du monde des vivants ; tout le monde
espère une mort douce et sans souffrances.
Que comprendre dans «aider à
mourir» ?
Sagit il de soulager les douleurs et dapaiser
langoisse, dapporter une aide psychologique
et/ ou spirituelle, un environnement paisible et affectueux
sans lutter contre la mort ou bien sagit il dune
aide active à mourir : un geste qui tue ?
Les équipes de soins apportent dautres réponses
que leuthanasie aux souffrances extrêmes.
Leuthanasie signifie «bonne mort»; c'est
une demande qui n'appelle pas réellement un passage
à lacte mais le plus souvent un
appel à laide.
Peut on "aider la fin"
La seule façon "douce" de mourir nest
pas danticiper la mort, on doute encore de lefficacité
des bons soins palliatifs, des progrès accomplis
en matière de traitement de la douleur et surtout
de lutilisation de lendormissement artificiel
appelé sédation en cas de souffrances intolérables
en fin de vie, et qui se révèle dailleurs
bien souvent une méthode ultime.
Est il souhaitable de réduire laide
à mourir à "un geste qui tue",
alors qu'une certaine écoute, la compassion et
la disponibilité, sont des attitudes qui aident
aussi le mourir (les équipes soignantse en témoignent).
Cette autre alternative permet de ne pas délibérément
provoquer la mort: elle la permet , sans la
donner.
Quand un patient est au seuil de la mort et quil
peut achever sa vie dans la tendresse des échanges
avec les siens et sans souffrances et quil peut
dire au revoir, la mort souhaitée ne tarde pas
à venir car le patient est alors au bout de son
chemin.
Lorsque le malade demande de l'aide pour mourir
Les soignants savent bien que lorsque la demande den
finir sexprime, elle est presque toujours un appel
au secours, une ultime tentative de communication, une
manière de demander au soignant de sasseoir
et de parler et de lui dire toute sa plainte : "je
nen peux plus, je souffre trop" (douleurs physiques,
moral, tristesse de quitter la vie, désespoir par
rapport au passé, angoisses
)
S'il est véritablement pris en charge, si sa douleur
est traitée, si les conditions sont réunies
pour son départ, le malade ne songera plus, dans
la majorité des cas, à demander un acte
pour partir.
Toute demande d'aide à mourir ne
signifie pas réellement un passage à
lacte, mais le plus souvent un appel à laide.
Et les progrès accomplis en matière de traitement
de la douleur et surtout de lutilisation de lendormissement
artificiel- appelé sédation- en cas de souffrances
intolérables en fin de vie- et qui se révèle
dailleurs bien souvent une méthode ultime,
peuvent y aider : il est possible de mourir de façon
"douce".
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Le malade et
ses proches: oser se parler
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Lannonce de la mort dun proche
brise la représentation de lavenir jusque
là imaginé; le présent laissant les
proches. Elle frappe le passé dabsurdité,
nous laissant face à un présent vide, qui
seffondre, devant limpensable et devant notre
incapacité à être ici et maintenant.
Cette épreuve oblige à un
remaniement, le choc va jusquà briser la
perception que lon a de soi même,
la représentation de notre avenir et de notre propre
histoire.
Le travail de pré
deuil
==> Le psychothérapeute va aider la famille
à préparer le deuil, à faire un travail
de pré deuil délicat car le sujet est toujours
là ! Nous avons remarqué que si les proches
acceptent la mort avant quelle ne survienne, il
y aura toujours deuil et chagrin mais plus de travail
à faire du chagrin, ni remords ni culpabilité,
«ah si javais fait ceci ou cela». En
effet, "le chagrin postérieur à
un décès est plus long si celui ci na
pas été précédé dun
chagrin anticipatoire comme cest le cas lors dune
mort subite". (Hennezel : accueillir la mort).
La famille va traverser différentes
phases après la survenue de la mort et se préparer
au fait que devons tous mourir un jour. Or, "il
existe un lien intime entre la relation dattachement
et le processus de détachement de la personne malade
en phase terminale et ses proches" (Louise Aubé
- Accompagner la vie)
Le malade sait
Quant au malade il est possible de l'aider dans le
processus de détachement et dacceptation
de la mort grâce à lattachement et
le partage : "Nayez pas peur de vous attacher
à moi qui vais mourir, aimez moi ! même si
je vais mourir, car je suis vivant dans mon mourir".
Le malade qui est en fin de vie développe
une conscience intérieure qui est intuitive de
ce qui se passe doù il en est exactement
et parfois avec plutôt que les médecins.
il sait souvent ou il en est, et les proches ne peuvent
plus le protéger du danger auquel il doit faire
face : la mort. Cest alors la relation elle même
dattachement qui est menacée, alors que sa
fonction est de sécuriser !
Oser se parler et
dire ses émotions
Cest alors que l'entourage du malade se retrouve
démunis et croient protéger affectivement
celui quelles aiment en se retenant de lui exprimer
et de lui manifester leurs émotions : chagrin,
colère, peine, espoir, et même soulagement
de le voir mourir. Cependant, la personne qui meurt ressent
tout; comprend alors quil nest pas permis
de sexprimer; se retient de souvrir; une distance
sinstalle entre le mourrant et ses proches chacun
espérant en retenant ses émotions protéger
celui quil aime , mais éprouvant aussi une
grande solitude.
Arrive alors souvent un sentiment dépressif
relié au sentiment de perte ressentie , comme si
ils se perdaient déjà mutuellement avant
même que la mort ne soit imminente. On comprend
pourquoi il est si important de souvrir pour saccueillir
mutuellement lors de pareils moments !
Cest dans louverture, sans masque,
sans faux fuyants, en étant vrai que lon
peut se faire proche et laisser la personne mourante souvrir
et dire ce quelle comprend ce quelle ressent
tout en se rapprochant de ceux quelle aime. Les
proches peuvent montrer leur état intérieur
, même en silence et permettrent quil y ait
une ouverture à la communication. C'est ce rapprochement
affectif qui sécurise la personne qui va mourir;
elle est dautant plus importante que bientôt
la présence physique ne sera plus possible.
S ouvrir, dire à lêtre aimé
quon demeurera toujours près de lui affectivement
quon ne labandonnera jamais quon le
gardera toujours présent en nous me semble alors
primordial et que nous n'avons pas peur de sattacher
à lui qui va partir.
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L'accompagnement
des derniers instants
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Accompagner quelquun, ce nest
pas le précéder, lui indiquer la route lui
imposer un itinéraire ni même connaître
la direction quil va prendre. Cest marcher
à ses côtés en le laissant libre de
choisir son chemin et le rythmer de son pas. (VESPIEREN:
Face à celui qui meurt - PARIS - Desclée
de Brouwer)
La mort proche nest pas la mort immédiate,
le temps quil reste à vivre nest pas
un temps vide mais un itinéraire où peut
se manifester la vérité du sujet, un combat
aussi qui réveille des défenses qui structurent
la vie psychique de chacun.
Accompagner le malade
dans cette étape de la vie
Nous avons vu que ce temps est celui dun combat
qui passe par des chemins détournés, des
étapes nécessaires vers un apaisement possible.
Le psychothérapeute ne reste pas indifférent
à un tel itinéraire, cest tout dabord
une relation daide quil va mettre en place,
une présence accueillante qui rende possible la
prise de parole du patient.
IL sagit dun travail sur lêtre
qui aide le patient à atteindre sa propre vérité:
il ne vise pas à transmettre un savoir, il tente
déviter le jugement lévaluation
et linterprétation, il aide le patient à
exprimer son vécu actuel; tout peut se dire. Il
peut reformuler les paroles du patient pour préciser
une pensée ou clarifier une situation, le patient
peut alors être amené à prendre du
recul à nommer ses sentiments à faire la
vérité sur lui même. Cette expérience
devient alors pour lui sécurisante et libératrice
Le patient en fin de vie se retrouve face
à une terrible angoisse qui nécessite un
soutien et la mise en place dune communication et
dun accompagnement psychologique.
Aider le malade
à faire ses deuils
Le psychothérapeute va aider à passer à
autre chose, à faire ses deuils car il doit
faire face à beaucoup de fins à la fois,
à faire ses choix.
Lapproche de la mort réactive
le vécu archaïque de la relation mère-enfant;
le malade manifeste une appétence relationnelle
qui lamène à créer une dyade
par analogie à la dyade mère enfant. Le
psychothérapeute devient le dernier objet du patient
pour la dernière dyade.
Créer la
dernière relation de la vie
En 1912 FREUD écrit : "tout individu auquel
la réalité napporte pas la satisfaction
entière de son besoin damour se tourne inévitablement
avec un certain espoir libidinal vers tout autre personnage
qui entre dans sa vie". La réalité
napporte pas satisfaction au patient se trouvant
en phase terminale: linvestissement libidinal peut
alors se porter sur le psychothérapeute.
- Selon KURT EISSLER analyste, le thérapeute
doit avoir une disponibilité absolue pour son patient,
combler ses souhaits avant même quils naient
été exprimés, il parle même
dun don de sa propre vie au patient!
- Janice NORTON pense quil faut faciliter au maximum
le développement de la relation transférentielle
régressive pour protéger le patient contre
tout sentiment de perte objectale.
- De MUzan écrit que les intérêts
profonds du mourant vont se diriger petit à petit
sur une seule personne faisant rarement partie de ses
proches; cet objet élu devra alors "être
capable de sexposer sans angoisse excessive au large
mouvement captatif qui tend à lenvelopper
entièrement". "... il lui fallait assumer
certaines fonctions du MOI de sa malade, à la manière
dune mère qui joue le rôle de MOI externe
de son tout petit (Le travail du trépas 1977).
- Marion FELDMAN considère elle aussi
que le travail du psy sera dans ce contexte de fin de
vie daccompagner la régression du malade,
celui-ci semblant "retourner vers ses points dorigine,
lanalyste est ainsi confronté à des
transferts extrêmement archaïques en labsence
ou presque de mots et se doit dêtre tenant
lieu de figures archaïques". (FELDMAN 2003)
Le travail de laccompagnement se trouve
dépendant de létat physiologique du
patient qui perd son souffle, son autonomie, son potentiel
vital.
Le patient perçoit les multiples
attitudes de ceux qui lentoure, comme si il avait
des antennes; il est sensible aux moindres variations
de tensions autour de lui : il percevoit "notre degré
de proximité, notre investissement à ses
côtés, notre compassion ou nos résistances".
(De BEIR 2001 - la phase ultime. Manuel des soins palliatif
Jacquemin et Al Dunod).
Etablir un vrai contact
Selon lui, lauthentique sera retenu et pourra être
efficace pour soutenir le malade, il faut faire attention
au timbre de notre voix et aussi à notre regard!
Le langage du corps atteint facilement le subconscient,
il a une signification émotionnelle profonde de
proximité de lien avec le patient.
ANZIEU sest positionnée par
rapport au toucher "la psychanalyse nest possible
que dans le respect de linterdit du toucher"
(le moi peau- 1985 Dunod).
Cependant dans ce contexte de fin de vie cette règle
dabstinence du toucher peut être transgressée.
Nombreux sont ceux qui travaillant près des mourants
lont remarqué : "le mourant et lobjet
clé constituent une sorte dorganisme, presque
un corps indépendant qui, pour pouvoir se construire,
exige un contact physique entre ces éléments.
Je crains quon ne mesure jamais assez limportance
de ce contact élémentaire fut-il limité
à deux mains qui se tiennent lorsque léchange
verbal est devenu impossible. Il y a là quelque
chose de comparable à lorganisme formé
par la mère et son nouveau né" (Mc
Uzan).
* Richard 2001 (La souffrance globale)
Un
texte d'Isabelle Bayer
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